Seulement une entreprise belge sur trois dispose d’une stratégie formelle pour travailleurs indépendants

31 mai 2018

Malgré que 97 % des entreprises belges collaborent avec des free-lances, un peu plus d’une organisation sur trois dispose d’une stratégie formelle pour aligner les priorités de ceux-ci avec les objectifs de l’entreprise.

Ces résultats proviennent de la dernière enquête menée à travers cinq pays européens par le prestataire de services RH SD Worx et l’Antwerp Management School. Les deux organisations ont examiné les facteurs qui contribuent à la flexibilisation du marché de l’emploi et la manière dont les entreprises abordent la question. L’enquête a révélé que la majorité des entreprises sondées indiquent qu’ils travaillent avec au moins 10 % de travailleurs indépendants : cela souligne la nécessité d’un changement urgent dans la manière dont les entreprises planifient leurs activités avec des free-lances.

Les entreprises aspirent à un déploiement rapide

À travers les cinq pays européens, la raison principale pour laquelle les entreprises font appel à des free-lances est leur déploiement rapide: 65 % d’entre elles indiquent qu’il s’agit du facteur décisif lors de ce choix. En Belgique, 63% des entreprises travaillent avec des free-lances en raison de leur déploiement rapide et de la flexibilité que ce type de collaboration offre.

L’expertise spécifique des travailleurs indépendants est pour les entreprises belges la deuxième raison (51%) de collaborer. Il est intéressant de noter que cet argument est plus populaire dans d’autres pays Européens (la moyenne européenne est de 63%). En Allemagne (62 %), aux Pays-Bas (63 %) et au Royaume-Uni (66 %), c’est même la première raison pour laquelle les organisations font appel à des travailleurs indépendants. La rapidité et les coûts sont aussi des aspects importants : 48% des entreprises belges jugent la procédure comme étant plus rapide que de publier un emploi vacant, et 40 % citent les économies de coûts comme un facteur décisif. 43% indiquent qu’il s’agit d’une tâche à durée limitée.

Seulement une entreprise sur trois a une stratégie formelle

Vu que les free-lances ne constituent pas une exception, le fait que 68 % des entreprises belges adoptent une approche informelle de la planification devrait être alarmant. Ce résultat ne diffère pas beaucoup de la moyenne européenne (65%).

freelancers

« Dans la mesure où les entreprises font de plus en plus appel à des indépendants, elles doivent s’assurer que leurs politiques des RH soient constamment adaptées aux besoins de ceux-ci, » commente Benoît van Grieken, Partnerships advisor de SD Worx. « Actuellement, trop d’entreprises adoptent une approche réactive ou ad hoc de la flexibilité, ce qui pourrait s’avérer préjudiciable à long terme. Si les organisations ne s’adaptent pas, des domaines tels que l’attractivité des talents deviendront un énorme défi pour elles – d’autant que leur accent est désormais placé sur l’aide par des indépendants hautement qualifiés. La nature du travail change de jour en jour, et les pratiques d’hier ne suffiront plus. »

La motivation des travailleurs flexibles : un travail plus intéressant

Pour élaborer des politiques RH efficaces qui tiennent compte des indépendants, le fait de comprendre les motivations des personnes qui choisissent de travailler à leur compte est primordial pour les décideurs. Pour 68 % des répondants belges, la raison principale de devenir indépendant est que le contenu du travail est plus intéressant, tandis que 65 % déclarent que ce style de travail correspond mieux à leurs compétences. Outre ces valeurs ajoutées professionnelles, plusieurs raisons personnelles les poussent à opter pour une activité d’indépendant.

Près de la moitié des répondants (49 %) déclarent que le travail indépendant convient mieux à leur vie personnelle, bien que ce chiffre varie considérablement d’un pays à l’autre. Au Royaume-Uni, 79 % d’entre eux invoquent ce facteur comme la raison numéro un de leur décision. La France suit avec 69 %. En Belgique, les motivations sont toutefois très différentes : seuls 52 % des répondants déclarent avoir opté pour le travail d’indépendant parce que cela profite à leur vie personnelle. Les nationalités présentent en outre des différences marquées en ce qui concerne les attitudes à l’égard du stress. Tandis que 39 % des free-lances au Royaume-Uni estiment que ce style de travail réduit le stress dans leur vie, ils ne sont que 23 % en Belgique.

Dans cette étude internationale, ces travailleurs indépendants sont positifs vis à vis de leurs possibilités de développement personnel. Parmi les personnes interrogées, 41 % consacrent activement du temps à améliorer leurs connaissances et leurs compétences pour le travail, et 56 % vont jusqu’à développer des compétences dont elles n’auront besoin que dans des fonctions futures.

Les entreprises ont du mal à attirer de nouveaux talents

Un peu moins de la moitié (45 %) des organisations dans tous les pays sondés estiment qu’elles n’auront pas de problèmes pour attirer de nouveaux talents dans les trois prochaines années.

« Une organisation sur trois prévoit une pénurie de talents pour réaliser sa mission, sa vision et sa stratégie dans les trois prochaines années. Dans le paysage économique actuel, où le marché des talents est de plus en plus concurrentiel, il deviendra plus important que jamais pour les organisations de trouver des solutions. L’adoption d’une approche proactive à l’égard des indépendants est une réponse possible. Ces professionnels indépendants peuvent constituer un atout de taille pour les entreprises, pour autant que les entreprises prennent en compte de manière proactive ce groupe souvent négligé au sein de leur organisation », conclut Ans De Vos, professeur à l’Antwerp Management School et à l’Université d’Anvers.

"Nous devons réfléchir aux nouvelles formes de collaboration qui émergent, telles que l'économie de partage et de plateforme. La capacité d’adaptation croissante dans notre économie nous oblige à réfléchir à la façon dont nous régulons l'économie. En effet, réguler. L’économie mondiale ne peut croître que si notre économie de marché fonctionne dans un cadre défini. Cela crée de la stabilité et de la sécurité juridique et cela permet d’assurer que ces nouveaux modèles peuvent jouer un rôle structurel dans l'économie. La digitalisation progressive des produits et services implique que nous travaillions et collaborions différemment. Elle implique que des emplois disparaissent et laissent place à des nouveaux. Une nouvelle question d’ordre économique voit le jour et la prestation de services devient la nouvelle norme“ explique Kris Peeters, Vice-Premier ministre et ministre de l'Emploi, de l'Economie et des Consommateurs, chargé du Commerce extérieur.

“Nous devons continuer à suivre de près les tendances actuelles à changer la nature et l’organisation du travail. Nous devons également relever le défi avec les partenaires sociaux, pour que cela n'entraîne pas un déclin social, l’insécurité juridique, ni des conditions de travail indécentes”.

À propos de l’enquête

La présente étude a pour but d’explorer le point de vue de l’employeur et des individus sur les talents flexibles dans cinq pays européens. Elle s’inscrit dans le programme de recherche établi par SD Worx et l’Antwerp Management School (AMS) pour la chaire SD Worx « Next Generation Work: Creating Sustainable Careers ». Depuis 2011, dans le cadre de cette chaire, des recherches sont menées sur l’évolution du contexte des carrières et ce que cela implique pour les organisations et la main-d’œuvre. Par le biais d’enquêtes annuelles et d’études qualitatives, nous suivons les défis relatifs aux personnes dans un contexte « VUCA » (volatile, incertain, complexe et ambigu), l’évolution des politiques en matière de carrière et de talents au sein des organisations en réponse à ces défis, et la façon dont les individus gèrent leurs carrières.

SD Worx et l’AMS ont interrogé (1) un échantillon représentatif de 1.074 employeurs, et (2) un échantillon représentatif de 1.874 travailleurs indépendants dans les cinq pays suivants : l’Allemagne, la Belgique, la France, les Pays-Bas et le Royaume-Uni. Les répondants potentiels ont été contactés au moyen d’un panel en ligne, l’échantillonnage étant basé sur la taille et le secteur pour l’enquête auprès des employeurs, et sur l’âge et le sexe pour l’enquête auprès des professionnels indépendants.

Vous trouverez l’étude complète ici.