En 2020, le quart de la croissance de l'emploi des PME de 2019 a été perdu

La perte d’emplois augmente fortement en 2021 : les ouvriers sont les plus vulnérables car les employeurs font plus rapidement machine arrière

22 février 2021

L'année a mal commencé pour les PME : pour la première fois en deux ans, on observe une diminution des emplois au lieu d'une croissance pour le mois de janvier. Voici les nouvelles observations issues de l'analyse longitudinale de SD Worx basée sur les chiffres de plus de 20.000 PME occupant 320.000 travailleurs au cours des 2 dernières années dans le secteur privé en Belgique.

Nouvelle tendance à la hausse en matière de licenciements

En janvier 2021, il y a de nouveau moins de PME qui embauchent (12,11 %) et plus de PME qui résilient leurs contrats (15,70 %). Cette combinaison se traduit par des pertes d'emplois plus importantes. Le mois d'août s'avère toujours être celui où la proportion d'employeurs ayant mis fin à leur contrat est la plus élevée (20,5 %), suivi de septembre et de janvier. Par rapport à 2019, on constate de grandes différences concernant le pourcentage d'employeurs qui embauchent ; les différences sont moindres en ce qui concerne les résiliations de contrats.« La première réaction des employeurs face à la crise était de retarder les embauches. Elles n'ont connu qu’une brève reprise pendant les mois d'été, dépassant ceux de 2019. Heureusement, les employeurs n'ont pas procédé massivement à des résiliations de contrats en 2020 ; les résiliations effectives sont également légèrement inférieures aux intentions que nous étudions tous les trois mois. La tendance négative d'un nombre plus élevé de licenciements en 2020 semble en outre (temporairement) s'interrompre en novembre et décembre. Mais en janvier 2021, les PME sont de plus en plus nombreuses à licencier et de moins en moins nombreuses à embaucher. Par conséquent, nous constatons maintenant une perte d'emploi en janvier, alors que janvier représente normalement une hausse d'emploi. Les environnements avec ouvriers reviennent plus rapidement au nombre d'emplois antérieur ; en principe, ils remontent aussi plus vite, comme cela s'est produit en juin et juillet », explique Vassilios Skarlidis, directeur régional PME chez SD Worx.

Pourcentage mensuel d'entreprises (avec < 250 travailleurs) qui ont licencié des travailleurs au cours des années 2019, 2020 et 2021 (CF : confinement ; AS : assouplissement)

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Source : SD Worx 2021

Pourcentage mensuel d'entreprises (avec < 250 travailleurs) qui embauchent au cours des années 2019, 2020 et 2021 (CF : confinement ; AS : assouplissement)

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Source : SD Worx 2021

Variations en matière de licenciements et d'embauches (en nombre de têtes) entre le mois de 2021/20 et le même mois de l’année précédente.

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Source : SD Worx 2021

Par rapport à 2019, seuls les mois de juin et août ont généré davantage d'embauches (en nombre de têtes) ; nous ne constatons pas encore de reprise depuis lors.

Les environnements avec ouvriers réagissent plus rapidement et plus fortement à la crise

En nombre d'emplois, la perte en janvier 2021 (par rapport au 20 décembre) est cinq fois plus importante pour les ouvriers que pour les employés, soit -1,08% pour les ouvriers et -0,21% pour les employés. Les environnements avec ouvriers évoluent plus rapidement lors de cette crise : tant en ce qui concerne le recul que la reprise. En avril et mai, la diminution du nombre de têtes était au moins deux fois plus importante chez les ouvriers que chez les employés. Concernant les ouvriers, les emplois dans nos PME (en nombre de têtes et de mois en mois) ont chuté en avril et mai à -1,54 % et -0,47 %. Concernant les employés, le volume a diminué de -0,66 % et -0,27 % (à chaque fois moins de la moitié). La reprise a également été plus marquée en juin et juillet chez les ouvriers (avec respectivement 1,47 % et 0,50 % de croissance en juin et juillet) et plus longue chez les employés : les hausses sont moins importantes (respectivement 0,21 % et 0,64 % pour juin et juillet). Concernant les employés, une évolution prometteuse se profile encore à l'horizon pour septembre et octobre, mais les emplois des ouvriers ont continué de baisser, jusqu'à -0.71 %, même en décembre par rapport à novembre.

Différence en pourcentage du nombre d'emplois par secteur d'une année à l’autre

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Source : SD Worx 2021

Evolution du volume de travail dans les PME belges depuis 2019-janvier à 2021-janvier avec 2018-décembre comme mois de base

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Source : SD Worx 2021

Résumé de l’enquête :

  • L'emploi structurel dans les PME (250 travailleurs et moins) diminue de 0,66 % en 2020 par rapport à fin 2019, alors que SD Worx notait encore une croissance de l'emploi de 2,70 % dans les PME en 2019. Environ un quart de la croissance de l'emploi PME de 2019 a été perdue l’année passée. Le niveau d'emplois dans les PME continue à décroitre fortement en janvier 2021, ce qui nous ramène au niveau d'avril 2019.
  • La part des entrepreneurs des PME qui recrutent est toujours inférieure en 2020 par rapport à 2019, à l'exception de juin 2020, où nous avons atteint le même niveau qu'en 2019 (légèrement plus élevée, à savoir 13,17 % des employeurs) ; le point le plus bas était en avril (6,68 % au lieu de 13,78 % en 2019) ; le point culminant en août est de 20,63 %. En janvier 2021, ce pourcentage est à nouveau inférieur à celui de 2020 (12,11%, c’est-à-dire 21% de moins qu'en janvier 2020).
  • En janvier 2021, le nombre de PME dont les contrats ont pris fin a de nouveau augmenté pour atteindre 15,70 %, suivi de novembre et janvier. La part des employeurs avec résiliations de contrats ou licenciements est toujours plus élevée en 2020 qu'en 2019, sauf en juin (point le plus bas avec 11,21 %), novembre et décembre.
  • En ce qui concerne le nombre d'emplois ou de collaborateurs concernés, la tendance négative d'un nombre plus élevé de licenciements semble s'être (temporairement) arrêtée en novembre et décembre. En termes de recrutement, le tableau ne fut positif qu'en juin, juillet et août par rapport à l'année dernière.
  • La réaction face à la crise dans les environnements occupant des ouvriers est plus rapide et plus intense. À l'exception de juin et juillet, ils n'embauchent toujours pas davantage. En ce qui concerne les différents secteurs, il existe de grandes différences pour les PME : l'horeca est le secteur le plus touché sur une base annuelle en termes de nombre d'emplois (-16,49 %). Les secteurs présentant une tendance (légèrement) à la baisse sont "l’Éducation" (non public) (-1,81 %), "Transport et stockage" (-1,38 %), "Construction" (-1,35 %) et "Services administratifs et de soutien" (-1,55 %). Les emplois dans les secteurs « Soins de santé et services » et « activités financières et assurances » ont augmenté respectivement de 2,57% et de 1,32%, tout comme « Information et communication » (qui connait la plus forte hausse de l’année dernière avec 6%) avec 1,15%. Les « professions libérales, activités scientifiques et techniques » ont quant à elle une augmentation de 0,55%.
  • En 2020, Anvers (-1,45%), le Brabant flamand (-1,39%), le Hainaut et Bruxelles (-1,16%) étaient les plus touchés ; en janvier 2021, le Brabant flamand (-2,10%), Bruxelles (-2,07%) et Liège (-2,05%) sont les plus touchés. Les PME à Namur et en Flandre orientale, quant à elles, observent un bilan positif.