Les ouvriers du bâtiment ne peuvent-ils donc pas aider les agriculteurs ?

Par Prof. dr. Ans De Vos - 3 avril 2020 - Temps de lecture: 3 minutes

Corona

Le secteur de la distribution s'inquiète des réductions de personnel qui risquent de mettre en danger les approvisionnements. Les hôpitaux font appel à des volontaires. Les agriculteurs se préparent aux prochaines récoltes pour lesquelles ils n'ont tout simplement pas de mains d’œuvre maintenant que nos frontières sont fermées. 

Les ouvriers du bâtiment ne peuvent-ils donc pas aider les agriculteurs

Cette crise sanitaire nous met au défi dans de nombreux domaines. Elle nous oblige à regarder plus loin que ce à quoi nous sommes habitués et nous montre à quel point notre mode de vie est basé sur des habitudes. Aujourd’hui, le travail n'est pour personne une "affaire comme les autres". La répartition disproportionnée du travail et de la charge de travail nous oblige à repenser notre mode de travail traditionnel. Le coronavirus offre-t-il l'occasion de s'entraider dans tous les secteurs ? Et posons-nous ainsi les bases de la "nouvelle normalité" ?

La mobilité interne pour un meilleur équilibre

Au sein de l'entreprise, les grandes différences de charge de travail peuvent être une raison de reprendre les tâches des uns et des autres dans les différents départements. Pendant la période de "pré-coronavirus", nous avons parlé d'initiatives de carrière innovantes pour promouvoir la mobilité interne : stages internes, résolution de problèmes de remplacement temporaire en interne, "temps papillon" (travailler temporairement dans un autre service), "inplacement". 

Aujourd'hui, ces initiatives peuvent aller plus loin que la stimulation de la mobilité interne. Elles peuvent être des solutions pour atteindre un équilibre acceptable entre le défi et la pression du travail pour tout le monde. Des personnes qui se retrouvent soudainement avec moins de travail peuvent être mises à profit pour soulager leurs collègues surchargés. Au niveau de l'organisation, il faut créer une dynamique qui favorise le transfert de connaissances, brise le schéma de cloisonnement et favorise l'employabilité des travailleurs - un retour qui peut également faire la différence dans l'ère "post-coronavirus".

Compenser les pénuries de personnel par des excédents de personnel

Mais ces initiatives peuvent aussi fonctionner entre entreprises. Le co-sourcing est une pratique innovante dans laquelle les entreprises se fournissent mutuellement des services afin que le manque de personnel dans une organisation puisse être compensé par un excédent dans l'autre.

Les premières initiatives commencent à prendre forme : le secteur agricole est à la recherche de travailleurs supplémentaires maintenant que la main d’œuvre saisonnière ne peut plus venir en Belgique, et que d'autres abandonnent pour cause de maladie. La récolte des asperges, par exemple, bat son plein. En réponse, le VDAB a lancé avec succès le “Coronavacature”. Les entreprises qui ont besoin d'une aide supplémentaire ne feront qu'augmenter dans les semaines à venir - alors que dans d'autres entreprises, le travail s'arrêtera. 

Alors pourquoi ne pas mettre en place des écosystèmes d'entreprises où les travailleurs temporairement au chômage ou risquant de s’y retrouver peuvent travailler pour des organisations où les besoins sont importants ? Cette solution simplifierait le processus de coordination de toute l'aide extérieure qui est proposée, elle offrirait des possibilités de travail valorisant aux travailleurs dont le travail est au point mort. Elle répond à un besoin social urgent.

Également intéressant après la crise

Cela nécessite-t-il un travail supplémentaire pour mettre en place un tel système ? Oui, bien sûr. Pour stimuler la mobilité interne, une plateforme numérique interne peut aider à communiquer et à répartir les tâches, les rôles ou les emplois en interne. La communication sur le pourquoi et le comment est essentielle. Il faut répondre aux questions des travailleurs sur ce que cela signifie en termes de rémunération, d'heures de travail, etc. Mais il faut y voir un investissement dont le rendement sera bien plus durable que la crise actuelle.

Il existe déjà des plateformes externes pour le co-sourcing. Ainsi,"Experience@Work", permet de déployer des talents seniors dans une autre organisation via un accord de service. Il s'agit d'une situation gagnant-gagnant car les entreprises peuvent faire appel à du personnel expérimenté avec des coûts limités, les travailleurs chevronnés quant à eux ont la possibilité de mettre leur expérience à profit dans un nouveau contexte dans des organisations à but non lucratif et, sur le plan social, la démotivation, l'absentéisme et le licenciement sont évités.

Sur le plan juridique, de nombreux travaux ont été réalisés ces dernières années pour examiner les possibilités et délimitations de cette forme de coopération entre employeurs. Il faut se pencher sur des questions de droit du travail, de sécurité, d'accords entre les entreprises et avec les travailleurs concernés. Mais cette crise n'est pas un événement d'un jour et une telle coopération serait une bénédiction pour de nombreuses parties sur le long terme. 

Le coronavirus nous place dans une situation délicate, mais il nous offre aussi la possibilité de nous organiser différemment sur le plan structurel et de continuer à en bénéficier à long terme. C'est une excellente occasion de mettre en pratique cette nouvelle façon de travailler et de maintenir des carrières durables. À une époque où le marché du travail est soudainement mis sous pression par l'impact économique du coronavirus, les initiatives en faveur de carrières durables ne sont pas un luxe mais une nécessité. Et en attendant, les ouvriers du bâtiment au chômage technique peuvent donner un coup de main aux agriculteurs. 

 

En collaboration avec Tamara Troucheau et Jan Laurijssen, senior consultants chez SD Worx.

Sur le même thème

refresh Plus d'articles